Dans une décision N°0031/HAC/2026 signée le mercredi 16 septembre par son président Boubacar Yacine Diallo, l’autorité de régulation guinéenne reproche à la chaîne française l’utilisation d’un qualificatif qu’elle considère comme « inapproprié » à l’égard du président de la République, Mamadi Doumbouya. Le terme au centre de la controverse est « putschiste ». Selon les éléments recueillis, il a été utilisé par le présentateur de France 24 Julien Fanciulli lors de l’introduction d’un sujet consacré à la visite d’État du chef de l’État guinéen en Côte d’Ivoire, les 11 et 12 septembre 2026. À l’antenne, le journaliste aurait déclaré : « écoutons d’abord le président putschiste », avant le lancement du sujet consacré au dirigeant guinéen. La HAC dénonce un manquement aux règles journalistiques Dans sa décision, la HAC affirme que France 24 a « délibérément utilisé un qualificatif inapproprié » pour désigner le chef de l’État guinéen. L’institution estime que ce choix constitue un manquement aux obligations « d’exactitude, d’impartialité et d’équilibre du traitement de l’information ». Elle considère également que cette formulation porte atteinte à « l’honneur des institutions républicaines et à la dignité du Chef de l’État guinéen ». La HAC reproche par ailleurs à la chaîne d’avoir ignoré, selon ses termes, « la légitimité issue des urnes » après l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 et la prestation de serment du 17 janvier 2026. Le régulateur rappelle que la liberté de la presse et le droit à l’information doivent s’exercer dans le respect des textes légaux et des principes d’éthique et de déontologie journalistique. France 24 appelée à rectifier son traitement éditorial À travers cette mise en demeure, la HAC demande à France 24 de mettre fin à l’utilisation de termes qu’elle juge inappropriés à l’égard des institutions guinéennes. Elle invite également le média international à procéder à des « rectifications éditoriales » sur ses différents supports. La décision précise qu’en cas de non-respect ou de récidive, des sanctions prévues par la législation guinéenne pourraient être envisagées. Au moment de la publication de cet article, France 24 n’avait pas encore communiqué officiellement sur cette mise en demeure. Un terme au cœur d’un débat politique et historique Le mot « putschiste » désigne généralement une personne ayant participé à un coup d’État. Dans le contexte guinéen, son utilisation renvoie aux événements du 5 septembre 2021, lorsque Mamadi Doumbouya, alors à la tête du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), avait pris le pouvoir après le renversement du président Alpha Condé. Pour les autorités guinéennes, ce qualificatif ne tient pas compte du changement de statut institutionnel intervenu après l’élection présidentielle de décembre 2025. À l’inverse, certains observateurs et médias continuent d’utiliser ce terme pour rappeler les conditions dans lesquelles Mamadi Doumbouya est arrivé au pouvoir en 2021. C’est cette différence d’interprétation qui constitue le cœur du différend entre la HAC et France 24. Une réaction politique après la diffusion La séquence avait également provoqué une réaction politique en Guinée. Alhoussein Makanera Kaké, président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle, avait dénoncé l’utilisation du terme « putschiste » et demandé des mesures contre le journaliste Julien Fanciulli. Cette démarche politique est distincte de la procédure engagée par la HAC contre France 24. La HAC poursuit ses actions de régulation Cette décision intervient après plusieurs interventions récentes de la Haute Autorité de la Communication dans le secteur médiatique. Le régulateur avait notamment mis en demeure la chaîne privée guinéenne Télé 24 en août 2026 dans une autre affaire liée au traitement d’une information. À travers ces décisions, la HAC affirme veiller au respect des règles professionnelles applicables aux médias en Guinée. Ce qu’il faut retenir La HAC a mis en demeure France 24 après l’utilisation du terme « président putschiste » pour désigner Mamadi Doumbouya dans une édition d’information du 15 septembre 2026. Le régulateur guinéen considère que cette formulation porte atteinte à la dignité du chef de l’État et aux institutions républicaines. Le débat porte désormais sur l’interprétation d’un terme qui renvoie à la fois aux circonstances de l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya en 2021 et à son statut actuel de président élu.